Les Femmes savantes
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Note d'intentions 

Pour la première fois depuis qu'il écrit des pièces de théâtre, Molière substitue la figure tyrannique paternelle à celle d'une femme. Après L'Avare, Orgon dans Tartuffe, Le Bourgeois gentilhomme, Géronte et autres figures despotiques qui exercent sur leur famille une autorité bornée, il nous propose Philaminte.
Bien qu'elle porte un corset et soit mariée à un homme, en définitive celle-ci n'a plus rien d'une femme. «
C'est un véritable dragon» dit-on dans le texte. Molière a opéré ici un tour de passe-passe : la pièce s'intitule Les Femmes savantes, il fallait donc que ce fût une femme, une image de femme en quelque sorte.
Pour se désennuyer de ses propres formules, il a mis une robe au Père.
Orgon et Harpagon continuent de hanter son esprit tandis qu'il fait couler le plomb de leurs défauts dans un moule plus inattendu. Il fait se marier la préciosité féminine à des travers bien masculins que nous reconnaissons volontiers dans beaucoup de ses œuvres : obsession, colère compulsive, caprice, intransigeance, égoïsme, aveuglement. Molière était à ce point conscient du caractère asexué du monstre qu'il venait de créer qu'il le fit jouer par un homme à l'époque de la création : le comédien Hubert.
Ce que nous proposerons ici n'est pas une provocation, mais un simple retour aux
   sources : une tradition revisitée. Philaminte, cette créature hors du temps, sera représentée par Jean-Laurent Cochet. Le rôle est écrit de telle manière qu'il n'aura que peu d'efforts à faire pour dessiner la féminité d'une femme qui n'en a quasiment plus. Avant tout, elle doit inspirer de la crainte. Crainte de son mari, dont elle a réussi à vampiriser la moindre parcelle de virilité en faisant de lui son esclave, et jouée par un homme, Philaminte laissera au spectateur le droit de rire de ses défauts si masculins. Un rire sans gêne, car nous saurons tous qu'il s'agira d'une illusion. Comme au temps de Shakespeare où Juliette et Desdémone étaient jouées par de jeunes hommes, pour renforcer l'illusion de l'amour. Il nous faudra doser ce parti pris de façon à ce qu'il laisse à la pièce toute sa résonance. Il conviendra de rendre au texte toute son élégance, et ne pas empiéter sur la musicalité du vers sous prétexte de faire rire à tout prix.  

Arnaud Denis 

 

 

Crédits photo : © Laurencine Lot