Le Lauréat
Accueil La mise en scène : Stéphane Cottin Presse Presse web Espace Pro

SpectaclesSelectionBenjamin Braddock rentre chez lui, en Californie, auréolé de gloire, après une fin d’études brillante. Ses parents, ivres de fierté, ont organisé une fête en son honneur. Mais comme beaucoup de jeunes dont le seul horizon durant l’enfance et l’adolescence a été d’étudier et d’étudier encore pour gravir la plus haute marche, le lauréat de vingt ans s’enfonce dans ce que le Reader’s Digest, lu assidûment par sa mère, nomme un « déficit d’illusions » ! Assis sur son lit, le regard dans le vague, il n’a envie de rien et surtout pas de descendre saluer les amis de ses parents, les Robinson entre autres. À sa grande surprise, Mrs Robinson force sa porte, ivre comme d’habitude. Son comportement équivoque sidère le jeune homme qui repousse ses avances. Après avoir tenté une escapade décevante vers d’autres horizons, Ben décide contre toute attente de revoir Mrs Robinson. Il entreprend avec cette femme qui a l’âge de sa mère, une liaison qui se révèle embarrassante lorsqu’il fait plus ample connaissance avec Elaine, la fille de celle-ci.
La succession rapide des scènes séduit immédiatement le spectateur. Elle est rythmée par certains morceaux de la musique du film réalisé par Mike Nichols en 1967. Le décor est un espace rond où sont suggérés les multiples lieux pour s’achever sur celui très esthétique de l’église. Balayé par des visuels évocateurs des lieux et de l’ambiance des années 60, cet écrin sert particulièrement bien l’action. Les répliques, empreintes d’un humour corrosif, claquent, rapides, échangées avec un naturel désarmant par les six comédiens qui interprètent également les personnages secondaires. Marc Fayet et Françoise Lépine, les parents de Ben, sont excellents en bourgeois coincés, décontenancés par les états d’âme de leur fils unique. Anne Parillaud est parfaitement crédible en vamp délaissée par un mari trop occupé par ses affaires, rôle incarné par Jean-Michel Lahmi, caricature savoureuse de l’homme d’affaires américain, dépassé par le comportement éhonté de sa femme et l’entêtement soudain de sa fille. Adèle Bernier, très spontanée, est une adorable Elaine. Arthur Fenwick, formidable Benjamin, passe d’un accès d’humeur à l’autre avec une étonnante dextérité. Une vraie réussite !
M-P.P., Spectacles Sélection, 28 février 2018