Le Jeu de l'amour et du hasard
Accueil Presse Presse web Dates de tournée 2018-2019 Espace Pro


LesTroisCoupsUn marivaudage rafraîchissant !
Après « le Bourgeois gentilhomme » et « Les Femmes savantes », Catherine Hiegel s’attelle à la mise en scène d’un autre classique du répertoire, au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Là encore, il y a du beau monde en renfort ! De quoi dynamiser le classicisme de la mise en scène.
La façade d’un hôtel particulier baigné par une belle lumière estivale et la musique d’époque nous plongent dans une atmosphère bourgeoise. Rien ne laisse présager la comédie carnavalesque à venir. Promis l’un à l’autre, Silvia et Dorante ont, sans le savoir, recours au même stratagème : endosser les habits du serviteur pour mieux juger de la qualité du maître. Les deux promis et leurs valets sont pris au piège de cette grande mascarade sociale, sous le regard complice du père et du frère de Silvia.
La qualité de la distribution fait entendre à la perfection la langue de Marivaux. Clotilde Hesme brille dans le rôle de Silvia : l’intelligence de son jeu parvient à rendre touchant et drôle un personnage somme toute assez orgueilleux. Laure Calamy et Vincent Dedienne, dans les rôles de Lisette et Arlequin, apportent quant à eux le grain de folie nécessaire à cette mise en scène bien rodée. On lit sur leur visage le plaisir (pas vraiment coupable) du valet jouant le rôle du maître. Les scènes de séduction sont l’occasion d’un festival de minauderies hilarantes de Laure Calamy. Et le duo comique marque les esprits en clôturant la pièce par une scène jubilatoire.
Catherine Hiegel trouve une fois encore le juste dosage entre classicisme et modernité. Nul doute que le choix judicieux de la distribution poussera les spectateurs à découvrir ou redécouvrir ce classique.
Bénédicte Fantin, Les Trois Coups, 23 janvier 2018


ScenewebVoici la troisième collaboration de Catherine Hiegel avec le Théâtre de la Porte Saint-Martin, après deux Molière, elle met en scène Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux avec Clotilde Hesme et Vincent Dedienne. Une nouvelle réussite pour le plus public des théâtres privés de Paris.
Tout est faux et il faut que cela se voit. Le décor de Goury laisse bien en vue le cadre de scène, les cintres, le gril et les coursives du Théâtre de la Porte Saint-Martin qui dévoile ainsi les coulisses de son immense plateau. Quelques branches d’arbres volent dans les airs tandis qu’une violoncelliste observe de sa fenêtre le public s’installer. L’art du théâtre, du factice et du jeu peut alors commencer.
Car il n’est question que de cela dans la pièce de Marivaux. Les personnages portent des masques et travestissent leurs identités pour se jouer des codes et des conventions. Le public est dans la confidence, tout comme Orgon (remarquable Alain Pralon) et Mario (Cyril Thouvenin), le père et le frère de Silvia (Clotilde Hesme) à qui l’on destine Dorante (Nicolas Maury) comme mari. Les serviteurs Arlequin (Vincent Dedienne) et Lisette (Laure Calamy) vont porter les habits de leurs maîtres sans qu’il ne le sache ni l’un ni l’autre. Ainsi peut s’installer la mécanique du rire et du jeu de la séduction.
La mise en scène de Catherine Hiegel est rythmée avec l’énergie de notre époque. Le ton romantique de Clotilde Hesme lui va à merveille. On l’avait quittée il y a quelques années en garçon dans le Baal de François Orsoni, elle est ici d’une grande féminité. Nicolas Maury est méconnaissable ; la voix transformée est plus grave que son ton naturel, le visage plus dur que d’habitude […]. Et puis il y a les deux clowns, Laure Calamy et Vincent Dedienne. Ils ne se ménagent pas, Vincent Dedienne rampant à quatre pattes au pied de Laure Calamy dont le jeu grand guignolesque est des plus exquis. Ces deux amoureux des planches sont devenus des vedettes grâce à la magie de la télévision ; Laure Calamy avec son personnage récurrent dans 10 pour cent (tout comme Nicolas Maury d’ailleurs) et Vincent Dedienne pour ses billets d’humeur dans Le Quotidien sur TMC. Ils n’ont pas oublié d’où ils viennent et leur solide formation (Laure Calamy au Conservatoire de Paris et Vincent Dedienne à l’école de la Comédie de Saint-Etienne) leur permet de briller dans cette production. Leur nom, leur notoriété va faire venir un public qui n’a pas l’habitude d’aller au théâtre. Il ne va pas s’ennuyer, il aura certainement envie d’y revenir, avec peut-être la curiosité d’explorer d’autres esthétiques et d’autres textes […].
Stéphane Capron, Sceneweb, 22 janvier 2018