Le Jeu de l'amour et du hasard
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- France Inter : Vincent Dedienne, invité de Par Jupiter, 31 janvier 2018

- Culture Box : Vincent Dedienne, invité de Leïla Kaddour, 7 février 2018

 

FigaroMarivaux, la grâce, le rire et la cruauté
Catherine Hiegel met en scène «Le Jeu de l’amour et du hasard » en s’appuyant sur des interprètes vifs, déliés, profonds. Parfait !
Un jardin à la belle saison, se déployant devant la façade harmonieuse d’un hôtel particulier, avec ses escaliers, sa galerie. Lorsqu’on pénètre dans la grande salle du Théâtre de la Porte Saint Martin, on aperçoit par une fenêtre ouverte une jeune violoncelliste (Camille Gueirard ou Vérène Westphal, en alternance). Elle joue, ne s’interrompant que pour laisser les personnages vivre leur vie et reprenant parfois, marquant discrètement les articulations de cette comédie aussi merveilleuse que drôle, aussi drôle que cruelle. La beauté heureuse de cette première image signée Goury connaît son accomplissement lorsque paraissent les protagonistes : les costumes du grand maître de la Comédie-Française, Renato Bianchi, sont élégants, coupés dans de somptueuses étoffes et des palettes subtiles.Tout commence par une course-poursuite, métaphore d’un jeu de travestissements, de renversements, d’hésitations sentimentales et sensuelles, qui sont la trame du Jeu de l’amour et du hasard. Elle est l’une des plus célèbres pièces de Marivaux, une pièce que l’in ne peut se lasser de retrouver – elle n’est pas si souvent jouer, d’ailleurs – et dont la langue, précise, accessible, est un enchantement. La première course-poursuite est celle de Silvia (Clotilde Hesme) et de sa savante Lisette (Laure Calamy). Le ton est donné : brillant, étourdissant. Le père de Silvia, Monsieur Orgon (magistral et humain Alain Pralon) projette de marier sa fille avec le fils d’un de ses amis. On attend Dorante (Nicolas Maury) et son valet Arlequin (Vincent Dedienne). Mais le jeune homme, aussi réticent que Silvia, a décidé de se présenter en inversant les rôles. Il sera Bourguignon, serviteur et Arlequin jouera les héritiers… le père est prévenu. Et voici que Silvia a la même idée. Qui aimera qui ? Arlequin, trop content, attaque d’emblée Lisette, ravie d’être dans de si beaux atours. Elle fait des mines et se laisse séduire. Dorante est troublé : il est sensible au charme d’une jeune femme qui n’est pas de sa condition… Silvia déguisée en Lisette est pourtant bien rugueuse… Ajoutons le fils de la maison, Mario (Cyrille Thouvenin), excellent entre tendresse et légère perversité), qui pimente les atermoiements des uns et des autres… le nœud de l’intrigue et noué d’emblée et tout le plaisir du spectateur est celui-même de Marivaux. Il y a de l’expérimentateur en lui, un entomologiste pour êtres doués d’âme, de sexualité et pris dans les rets d’une société très hiérarchisée ! La distribution est remarquable et même les équilibres physiques ont du sens. La grande Clotilde Hesme, une Silvia a autorité, toute en moirures subtiles de jeux, face à Nicolas Maury, extra sensible acteurs, Dorante ligoté, malheureux, ont des échanges vertigineux. De même le couple Lisette, avec Laure Calamy, grisée, craquante, en mille nuances et avec ce grand Arlequin à la hussarde qu’incarne avec intelligence, sur tes deux traits, finesse Vincent Dedienne (le projet est né de son désir de jeu). Catherine Hiegel est fidèle, classique et inventive. À la fin, tout rentre dans l’ordre : Lisette, flouée, n’échappera pas sa condition. Tel est le cruel Marivaux.
Armelle Héliot, 21 janvier 2018


LePointUn Marivaux aussi drôle que cruel avec Vincent Dedienne et Clotilde Hesme
Le public du Théâtre de la Porte St-Martin ne boude pas son plaisir et rit beaucoup à ce "Jeu de l'amour et du hasard" brillamment interprété par l'humoriste Vincent Dedienne et la comédienne Clotilde Hesme, au Théâtre de la Porte St-Martin.
La pièce mise en scène avec brio par l'ancienne sociétaire de la Comédie-Française Catherine Hiegel, après "Les Femmes savantes" la saison dernière, répond au désir du patron du théâtre Jean Robert-Charrier de s'affranchir des clivages entre théâtre public, voué au répertoire, et privé, dédié au divertissement.
Et c'est un Marivaux fort divertissant et plein de verve qui se déroule dans le cadre un peu kitsch d'un jardin, avec ses faux bosquets et ses colonnades. Dans le château en fond de scène, une violoncelliste ponctue joliment les scènes.
Le mordant de Marivaux, grand pourfendeur des conventions de son temps, éclate dans les dialogues dont on entend chaque mot, joliment dits par une distribution excellente dans la langue très classique du XVIIIe siècle.
Chez Marivaux, on peut dire "non" au mariage, s'inquiéter de passer sa vie avec un prétendant mal assorti. Le père affectueux consent à un stratagème : la jolie Sylvia (Clotilde Hesme) accueillera le prétendant déguisée en soubrette, tandis que sa servante revêtira les atours de la maîtresse.
De son côté, le prétendant a eu exactement la même idée, et arrive déguisé en valet, tandis qu'Arlequin (Vincent Dedienne) bravache, parade dans les habits du maître.
La confusion des sentiments est à son comble : nos deux tourtereaux croient chacun tomber amoureux d'un promis en dessous de sa condition.
Tout finira bien, dans cette fable qui renverse les rôles entre maîtres et serviteurs, à la manière d'un carnaval, avant de rétablir l'ordre des choses, non sans cruauté. Il est bien plus facile de se déclarer aristocrate, pour Sylvia et Dorante, que d'avouer comme Arlequin qu'on est qu'un valet, quand Lisette croyait épouser un homme bien né.
"Le mérite vaut bien la naissance", proclame Dorante. Mais Marivaux n'est pas dupe, qui fait triompher l'amour entre gens de la même condition. La société n'encourage guère à transgresser les classes sociales, hier comme aujourd'hui.
AFP, Le Point, 22 janvier 2018


JDD3 étoiles Pour le Théâtre de la Porte Saint-Martin, Catherine Hiegel est décidément un gage de succès. Après deux pièces de Molière, l’ancienne sociétaire de la Comédie-Française y met en scène avec bonheur une comédie de Marivaux. Le jeu de l’amour et du hasard est un jeu des apparences entre deux jeunes promis au mariage qui, afin d’observer l’autre, empruntent l’habit de leur domestique. Au terme de détours habilement négociés, chacun sera instruit et pourra reprendre sa place. Non sans quelque amertume du côté des serviteurs. Car derrière les jeux de séduction et l’observation du sentiment amoureux et de ses méandres, Marivaux ne néglige pas les problèmes de classe. Ouvert sur les cintres et les coulisses, le plateau met en avant les artifices du théâtre. Le classicisme des décors en faux plâtre de Goury, le raffinement des costumes de Renato Bianchi (la robe de Lisette/Silvia semble sortie d’un tableau de Watteau) donnent le cachet de l’excellence à la représentation, parfaitement rythmée et brillamment interprétée. A commencer par Alain Pralon, remarquable Orgon, le père bienveillant. Nicolas Maury (Dorante) a un jeu très contraint qui contraste avec la vivacité et la douce mélancolie de sa promise, Silvia, jouée tout en grâce et en finesse par Clotilde Hesme. Mais le couple des maîtres se fait voler la vedette par le duo des valets, Lisette et Arlequin, interprétés par Laure Calamy et Vincent Dedienne. Pour elle, un savant dosage de mimiques, pour lui, un jeu quasi clownesque, très physique, qui s’achève par des cabrioles !
Annie Chénieux, Le Journal du dimanche, 28 janvier 2018


LesEchosMarivaux fait mouche à la Porte Saint-Martin
Catherine Hiegel met en scène avec un classicisme bien tempéré « Le Jeu de l'amour et du hasard » au théâtre de la Porte Saint-Martin, en soignant comme à l'accoutumée sa distribution. Le trio magique formé par Clotilde Hesme, Vincent Dedienne et Laure Calamy fait des ravages.
Dès l'entrée dans la salle, on constate que Catherine Hiegel n'a pas changé la règle du jeu. Molière et Marivaux, même combat pour l'ex-doyenne du Français : « Le Jeu de l'amour et du hasard » (1730) - comme son « Bourgeois gentilhomme » et ses « Femmes savantes - est représenté dans son jus d'époque à la Porte St-Martin. Pas de transposition hasardeuse, le jeu de masques des deux amants Silvia et Dorante et de leurs domestiques Lisette et Arlequin se déroule dans un décor XVIIIe de mini-jardin à la française, avec moult balustrades où s'accrocher et bosquets où se cacher. Les costumes sont à l'avenant.
Classique, sa mise en scène n'est en rien poussiéreuse et s'autorise de légers décalages. Ainsi, les marbres et verdures de la propriété laissent-ils voir tous les murs de scène avec leurs superbes balcons de bois. On n'oubliera pas qu'on est au théâtre, que le stratagème inventé par les deux jeunes gens - troquer leurs habits de maîtres contre ceux des domestiques - pour se connaître sans être reconnus, est une ode à la comédie et à ses artifices.
Distribution audacieuse
Sans forcer le trait, Catherine Hiegel met en relief les conflits de classes, la cruauté et l'absurdité des conventions - renforcés par l'orgueil et la vanité de nos jeunes amants. En actrice d'exception, elle a joué d'audace en composant sa distribution. Le public s'impatiente de voir Vincent Dedienne dans la peau d'Arlequin. Il n'est pas déçu. Le jeune comique virtuose charme dès son apparition : ludion joyeux et gracieux, clair dans son phrasé, élégant dans ses gestes, il illumine la scène de son sourire ravageur. Avec Laure Calamy (Lisette), irrésistible de drôlerie, il forme un duo tout feu tout flamme.
[…] Le choix de Clotilde Hesme, en revanche, pour incarner l'implacable Silvia, s'avère une éclatante réussite. Aristocratique en diable, tour à tour distante et émouvante, cette immense comédienne fait miroiter toutes les facettes de son personnage et, au-delà, toute la malice et la mélancolie de la pièce de Marivaux. Alain Pralon (Orgon) et Cyrille Thouvenin (Mario) jouent avec une ironie de bon aloi le duo père-fils, qui se délecte avec un brin de sadisme de la méprise des jeunes gens.
Un peu lent au démarrage, le spectacle trouve ensuite son rythme de croisière. Le public attentif rit de bon coeur. Catherine Hiegel ne révolutionne certes pas la vision du « Jeu de l'amour et du hasard », mais elle nous fait entendre le chef-d'oeuvre de Marivaux avec clarté et avec la verve réjouissante de comédiens bien dans leur époque.
Philippe Chevilley, Les Echos, 24 janvier 2018