Michel-Ange et les fesses de Dieu
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Reg'ArtsPièce d’un jeune auteur, elle nous raconte la formidable bataille livré par Michel-Ange, sculpteur à la base, pour accomplir son œuvre maîtresse, à savoir le plafond de la Chapelle Sixtine. Dès le début, il s’interroge : 20 m sur 40 m. Une gageure. À la proposition première de son commanditaire, le pape Jules II, représenter les douze apôtres, il va vite proposer d’illustrer la Genèse, depuis la Création jusqu’à la chute de l’homme.
Nous sommes au théâtre : quoi montrer, que donner à voir ? Sur un fond de boiserie, il y a une chaise, un tabouret, quelques accessoires. Et un échafaudage, surtout, caché par une immense toile verticale : nous y sommes. Derrière, Michel-Ange s’active. Les autres personnages seront le pape Jules II, tonitruant, parfois rêveur, parfois soudard (il est aussi chef de guerre !) incarné tout en finesse par François Siener. Il fallait à ce créateur méfiant (il redoute principalement qu’on vienne lui voler ses idées) un aide unique, un peu Sganarelle, un peu homme à tout faire. Jean-Paul Comart prête à Mattéo ses mimiques naïves et sa bonne volonté. Quant à Michel-Ange, le metteur en scène Jean-Paul Borde s’est attribué le rôle : choix judicieux, même si son personnage d’artiste est un peu en creux : il peine, il s’enflamme, il souffre, mais avec plus d’émotions que de chair. Pourquoi pas ? Ses doutes n’en sont que plus forts et son succès plus méritoire. C’est que les difficultés ne vont pas manquer : d’abord l’artiste se sent surveillé. Il est protégé par des gardes. Il perd la vue, puis la retrouve. Il se décourage. Du salpêtre apparaît. Jules II part se battre ailleurs. Les retards s’accumulent, comme les problèmes d’argent. Tout ceci est traité par petites touches, sans effets appuyés et on s’attache à ce pape (doté d’une fille) qui se demande où un personnage, avec son visage à lui, sera placé. On comprend Mattéo, qui se plaint souvent, mais reste fidèle à son patron tout en faisant visiter en catimini la chapelle, pour se faire de l’argent…
On n’aura pas droit à l’œuvre achevée : elle sera suggérée dans le texte, bien sûr, et on en verra des croquis, les fameux « cartons ». Michel-Ange, peu doué pour les rapports humains, se disait inspiré par Dieu. Son œuvre reflète sa piété, mais aussi son audace, dans la représentation de corps nus sur le plafond de cette Chapelle.
Un spectacle réussi, donc. Finement écrit et brillamment interprété.
Gérard Noël, Reg'Arts, janvier 2018

 

WebtheatreSixtine blues
Pas simple le rapport entre un commanditaire et l’artiste qui travaille pour lui. Le bailleur de fonds voudrait que le peintre soit souple et obéissant : c’est rarement le cas. Encore moins quand l’exécutant s’appelle Michel-Ange et qu’il s’agit de peindre les 800 mètres du plafond de la chapelle Sixtine, à Rome ! Jean-Philippe Noël a imaginé le dialogue, sans cesse interrompu par les événements, sans cesse repris, que l’ombrageux génie de la Renaissance a entretenu avec ce qu’on appellerait aujourd’hui dans notre société du spectacle son producteur, le pape Jules II. Nous sommes en 1508 et la mission imposée est de mettre en images les douze apôtres. Michel-Ange, qui s’estime plus sculpteur que peintre, accepte néanmoins le contrat et refuse de prendre des assistants, en dehors d’un serviteur qui ne manie pas le moindre pinceau. Le travail va durer quatre ans, au cours desquels Michel-Ange, toujours aux limites de ses forces, va cacher l’œuvre en cours et parfois s’enfuir pour changer d’air (et faire d’autres œuvres !). Régulièrement, le pape Jules II débarque et veut savoir où en est la fresque qui devrait rendre gloire à Dieu – et à lui, le grand Jules. Il tonne, exige, menace. Michel-Ange se moque de tant d’ambition, se lamente quand la fatigue est trop lourde, rejoint vite l’échafaudage qui le mène à l’épuisante position d’artiste couché. Un jour, le plafond est peint. On n’y voit pas les douze apôtres, mais la création du monde selon la Genèse, où tout est charnel, même les fesses de Dieu…
Jean-Philippe Noël, qui n’a pas triché avec la vérité historique mais s’est accordé les libertés du modeleur intrépide, nous apprend bien des choses que nous ignorions : l’aspect guerrier des papes d’alors (Jules II sera en cuirasse lors d’une des scènes), l’importance du contexte d’une Italie alors morcelée en de nombreux états, le dédain des Florentins et des Romains pour les Français… Mais Jean-Philippe Noël brasse surtout l’argile des cerveaux, si fragile sous les rodomontades. Il oppose la violence du pouvoir et l’indépendance de l’art, en une série d’étapes où chacun se défend, évolue et se fortifie dans des blessures et des échecs inavoués. Au final, avantage à l’artiste, évidemment. Mais, pour lui, quelle guerre contre lui-même et contre les puissances temporelles ! Jean-Philippe Noël entrechoque tout cela avec une grande puissance joyeuse des mots. La très intelligente mise en scène de Jean-Paul Bordes bannit la peinture de Michel-Ange de notre vision. Nous n’avons devant nous qu’un morceau de chapelle, transformé en atelier et en pièce à vivre comme on dirait bêtement aujourd’hui, et l’échafaudage qui, partiellement masqué par un rideau, monte vers les hauteurs. Les deux pôles de Michel-Ange : le sol et le ciel. A chaque fois qu’on sort et qu’on entre, c’est la solitude de l’artiste qui est mise en question. Chaque fois un combat entre l’art et la vie, entre le silence du génie et le bruit des potentats. Lumineuse mise en scène ! Jean-Paul Bordes est lui-même ce Michel-Ange plus chrétien que le chef des chrétiens : il est sans cesse dans une ronde des tourments qu’il éclaire d’une malice tendre et d’une pugnacité fluctuante. Bouleversant, il est absent et présent, sans cesse dans le poème qu’il a en lui et sans cesse projeté dans la violence du monde qui s’invite dans la chapelle. François Siener est Jules II d’une manière plutôt colossale, tantôt prélat jusqu’au bout du surplis, tantôt matamore jusqu’au métal bosselé de sa cuirasse endommagée : il fait flamber les phrases quand Jean-Paul Bordes les enveloppe de secret et de solitude. Siener est le fouet et Bordes la blessure. Jean-Paul Comart donne au personnage du serviteur la dignité populaire des grands valets, pas ceux qui raillent l’ordre social, non ceux qui sont aimants et parlent pour tous ses semblables. C’est une pièce qui avance en vagues. Certains vagues sont d’un tempo lent, et d’autres d’une glissade rapide. C’est que ce magnifique bras de fer entre le bras armé de l’Eglise et le bras désarmé de l’artiste ne désigne son vainqueur qu’au fil sinueux du temps.
Gilles Costaz, Webthéâtre, 15 janvier 2018



SpectacleSélectionRome, 1508. Les pas lourds résonnent dans le silence de la chapelle Sixtine. Michel-Ange descend les marches de l’escalier imposant qui mène à l’échafaudage fixé très haut pour un projet non moins imposant : la décoration du plafond, une fresque devant représenter les douze apôtres, sur 800 mètres carrés, à vingt mètres de hauteur. Jules II a passé cette commande à Michel-Ange mais le maître le plus prisé de l’époque se fait prier. « Badigeonner un plafond » plutôt que de se plonger avec délice dans la création du tombeau du pape lui déplaît au plus haut point. 40 mètres sur 13, compte-t-il à grandes enjambés, « jamais ! ». « Dieu m’a voulu sculpteur… Mon âme, même, a besoin de se cogner à la dureté de la pierre ! ». Mais 3 000 ducats ne se refusent pas, il accepte sous certaines conditions. Il ne peindra pas les douze apôtres, il illustrera dans la continuité de ses prédécesseurs « le monde Ante Legem, celui d’avant les lois, celui qui va de la Création au Déluge…». Il se débarrasse de ses assistants, qu’il dit incapables. Sa méfiance envers ses confrères, Raphaël « le petit peintre d’Urbino » en particulier, révèle son état d’esprit. Michel-Ange refuse l’accès à la chapelle à quiconque pourrait épier le choix de ses pigments et l’élaboration de ses couleurs mais aussi par crainte d’être assassiné par jalousie. Seul Mattéo, son fidèle serviteur, sera à ses côtés s’attelant à cette tâche tellement secrète. Le successeur du trône de Saint-Pierre et le Maestro s’opposent. Jules II tente de le raisonner. Œuvrant seul, il lui sera impossible de mener ce chantier à son terme sans retard mais l’artiste s’enferre. Il refuse l’ordre de se faire aider.
Jules II passe davantage de temps sur son cheval à guerroyer que sur son trône et la lenteur des travaux l’indispose tout comme le caractère difficile de Michel-Ange qui, face aux techniques de la fresque qu’il ne maîtrise pas toujours et dès le moindre reproche, lui rappelle qu’il est sculpteur avant d’être peintre. Mais le génie du Maestro fascine le pape-mécène, son audace aussi, lorsqu’il découvre les détails de la voûte : « Les fesses de Dieu !... On les voit tellement que les gens n’oseront même pas les regarder » !
Jean-Philippe Noël imagine dans un style remarquable les relations conflictuelles entre ces deux hommes d’exception durant les quatre années de l’élaboration éprouvante de la fresque, dans un contexte de conflits faits de complots et de trahisons et où l’argent manque. La mise en scène et les costumes évoquent à la perfection l’époque de la Haute Renaissance italienne à son apogée. Le décor et les bruitages suggèrent avec la même réussite l’amplitude verticale du chantier et l’atmosphère mystérieuse d’un lieu clos et secret.
François Siener interprète brillamment le rôle du pape-soldat et mécène, qui s’insurge et tempête, toujours seul face aux guerres et aux multiples préoccupations qui l’assailliront jusqu’à sa mort en 1513, agacé par cet artiste hors du commun qui a la tête ailleurs, toujours en quête du marbre parfait pour un tombeau qu’il n’achèvera jamais et dont les œuvres n’ont qu’un but, celui de glorifier le Créateur. Jean-Paul Bordes illumine de son talent un Michel-Ange au caractère irritable, obsédé par la peur qu’on attente à sa vie, maître tyrannique de son serviteur Mattéo, excellent Jean-Paul Comart. L’osmose qui lie les trois comédiens sublime la réflexion de leur personnage respectif sur l’exercice du pouvoir et ses limites, sur l’art et son pouvoir.
M-P. Paillot, Spectacles Sélection, 17 janvier 2018


CultureTops5 coeurs THÈME A la demande instante du Pape Jules II, Michel-Ange accepte de réaliser le plafond de la Chapelle Sixtine. Au lieu des 12 apôtres voulus par le Pape, il illustrera la Genèse par des épisodes de l’Ancien Testament. Les travaux dureront quatre ans. Entre l’artiste volontaire et convaincu qu’il ne travaille que pour Dieu et le caractère ombrageux de ce Pape martial et impétueux qui veut lui imposer sa volonté, un duel magistral s’engage. Il est historiquement vrai et passionnant du début à la fin. Quelle merveilleuse idée de pièce...
POINTS FORTS
1- On apprécie le travail de Jean-Paul Bordes sur le personnage complexe de Michel-Ange, pris par ses doutes face à la peinture, alors qu’il se considère surtout comme sculpteur. Jean-Paul Bordes rend totalement crédible la volonté de Michel-Ange de s’approprier ce travail gigantesque seulement comme il le conçoit, dans la solitude absolue, avec l’aide de son serviteur, dont le bon sens et la drôlerie aèrent la pièce. Il redoute ses rivaux, même s’il se sait supérieur. Jean-Paul Bordes offre au public les différentes facettes d’un être particulièrement tourmenté.
2- François Siener a beaucoup travaillé son personnage. Il devient ce Pape énergique, menaçant, non dépourvu d’humour, avec une force et une vigueur peu commune. Ses exaspérations face au retard pris par Michel-Ange qui veut d’avantage sculpter son tombeau, la constatation des ennuis qu’il rencontre avec les morceaux de fresque qui se décollent, sa manière de bousculer l’ombrageux et hypersensible artiste, trouvent un aboutissement très beau et très émouvant lorsqu’il découvre le résultat de cette fabuleuse entreprise. Une véritable émotion étreint alors le spectateur.
3- Jean Paul Comart est le serviteur obscur et sans grade, qui prend les coups venus de chaque côté, en tentant d’unir ces deux monstres de personnalités. Il effectue un joli virement, alors qu’accablé par l’exigence sans fin de Michel-Ange, il va démontrer au Pape son émerveillement face à son travail. Là encore, c’est un excellent comédien et du très bon théâtre.
4- Les costumes de Pascale Bordet habillent les âmes des personnages. Le chapeau piqué de bougies du Maître est bouleversant, car il nous aide à comprendre les conditions si difficiles vécues par l’artiste. Le retour de la guerre nous montre un Pape défait, épuisé et baroque à souhait, souffrant dans l’armure qu’il n’a même pas pris le temps de quitter. On parvient à reconnaître, grâce à son beau costume, le jeune peintre Raphaël, masqué, qui vient visiter le chantier incognito.
5- Pour m’être personnellement passionnée sur ce sujet, tant sur les biographies de Michel-Ange, que sur l’époque au Vatican et même sur la correspondance, on ne peut que saluer le travail rigoureux de Jean-Philippe Noël, qui fait revivre devant nous une période foisonnante, vivifiée par ses génies.
EN DEUX MOTS...
C’est une réussite absolue. On sort enthousiasmé, heureux d’en avoir appris davantage sur le génie de Michel Ange et sur ce Pape tonitruant. L’auteur ne s’amuse pas à inventer « sa petite histoire », il traite les rencontres entre deux hommes d’exception en y apportant son inventivité de dialogues percutants et crédibles ; c’est drôle et émouvant, car il parvient du fond de son cœur à faire s’exprimer le génie de l’artiste et la reconnaissance de cet immense Pape envers la puissance spirituelle de ce créateur d’exception. Le Pape est conscient qu’il n’existera face au Tribunal de l’Histoire que parce qu’il a confié cette œuvre à Michel-Ange.
L'AUTEUR
Jean-Philippe Noël, dont c’est la première pièce, a déjà beaucoup écrit, journaliste, écrivain pour la radio ou la télévision. Un sujet sur les rapports du pouvoir et de l’art lui avait fait déjà aborder le thème. On a beaucoup de documents et l’on sait que ce qu’il dit est vrai. Il en a fait une belle pièce et c’est réconfortant. Il a beaucoup de talent.
Danielle Mathieu-Bouillon, Culture Tops, le 26 janvier 2018


Coup de Théâtre4 coeurs  En 1508, le pape Jules II ordonne à l’atrabilaire Michel-Ange de réaliser une fresque représentant les douze apôtres sur la voûte de la chapelle Sixtine. Le peintre, qui se considère avant tout comme un sculpteur, se lance, seul, dans un projet tout autre et complètement fou : illustrer la Genèse de la Création jusqu’à la Chute de l’Homme. Mais ces deux hommes devront se confronter pendant bien des années pour que naisse l’un des plus célèbres chefs-d’œuvre de l’Histoire de l’Art.
L’auteur, Jean-Philippe Noël, nous permet de découvrir avec éloquence les rapports entre l’art et le pouvoir politique, l’artiste Michel-Ange et le pape Jules II son mécène.
L’interprétation des comédiens – Jean-Paul Bordes, Jean-Paul Comart et François Siener – est talentueuse, voire remarquable. Tous les sentiments de la nature humaine, du doute à la transcendance, sont mis en scène par Jean-Paul Bordes avec un réel enchantement, un charme authentique.
L’action se passe sous la voûte de la Chapelle Sixtine. Pour Michel-Ange se sera plus de huit cents mètres carrés « de plafond à barbouiller ». Mais, petit bémol, on aurait apprécié de temps à autre découvrir quelques scènes peintes de la voute de la Chapelle Sixtine en cours d’élaboration, voire achevées.
Pour conclure, « Michel-Ange ou les fesses de Dieu » est à voir absolument que l’on soit amateur d’histoire de l’Art ou pas. Promis : l’instant théâtral sera divin… enfin presque.
Isabelle Lévy, Coup de théâtre, 30 janvier 2018


LaGazetteduTheatre Un homme paraît sur scène, tendant ses mains, les outils de l’artiste, auxquelles on a commandé de peindre, qui plus est « à fresque », alors que lui, Michel Ange, se défend d’être sculpteur, uniquement sculpteur.
Mais tout de même ! Il est question d’orner la voûte de la chapelle sixtine, la plus grande chapelle du Vatican ; là même où l’on cloître les cardinaux au moment de l’élection du pape. Pour les fresques murales de cette prestigieuse chapelle on a auparavant fait appel aux plus grands peintres de l’époque : Botticelli, Le Pérugin et consorts. Le dernier pape élu, Giuliano della Rovere, désigné par ses pairs en 1503, sous le nom de Jules II, a maintenant commandé à Michel Ange, artiste universel (sculpteur, peintre mais aussi poète) de décorer les 800m2 de cette immense voûte en berceau, située à plus de 20 mètres du sol. Le bleu du ciel parsemé d’étoiles doit faire place à neuf scènes de la genèse.
On entre dans les contradictions de l’artiste, qui se débat dans les difficultés matérielles et financières, pressé par les besoins de sa famille tenue pourtant le plus possible à distance, les conflits avec ses assistants qu’il vient tous de licencier. Pour ne pas s’empêtrer dans leurs préventions artistiques, Michel-Ange a choisi de travailler, seul, sans concession assisté uniquement d’un valet, ignare en art, mais qui lui semble tout dévoué (Jean-Paul Comart, parfait dans les lamentations mais aussi les roueries de ce Sganarelle-là).
Prototype de l’artiste obsessionnel et associable, il se méfie encore de ses confrères – et surtout de son grand concurrent, le mondain Raphaël, dont l’oeil absolu est capable, tout comme le sien, de « photographier » en un instant une œuvre entière pour en reproduire et reconvertir ensuite, sans qu’il y paraisse, la nouveauté essentielle.
L’artiste affronte surtout la matière, ces pigments qu’il tient à traiter lui-même, les moisissures qui menacent le travail. Toute cette matière marque les hardes et le corps de l’artiste, constamment tordu sur son échafaudage. Le jeu du comédien, Jean-Paul Bordes, tout en tensions, fait ressortir les souffrances de l’artiste supplicié.
Son mécène, Jean-Paul II, interprété par François Siener, sur une pente rabelaisienne, est, lui, tonitruant, prodigue d’argent pour sa gloire et celle de l’Église, d’amour pour sa femme et sa fille, de coups pour ses adversaires (jusque sur les champs de bataille où il paraît en armes à la tête de ses troupes). Jules II s’inquiète de l’achèvement des travaux (Michel-Ange est en effet connu pour ses inachevés) : qui s’inquiétera de ces détails qui tourmentent l’artiste ?
L’affrontement de ces deux caractères se déroule dans la chapelle, déclarée sienne par Michel-Ange, c’est en effet lui qui s’approprie toutes les dimensions de ce lieu sacré : le sol où se triturent la peinture et les échafaudages, d’où surgit la création artistique. Le pape, reste en bas… ses conceptions aussi. La mise en scène joue particulièrement de ce lieu : hors champs dans les échafaudages, échos de la voûte, réflexions de l’artiste en voix off pour faire de cette chapelle, magnifiée par l’éclairage de Stéphane Balny et la création sonore de Michel Winogradoff, un quatrième personnage.
Le texte, enfin, truffé d’anecdotes savoureuses sur cette époque si prodigue en géants artistiques invite à une passionnante promenade culturelle.
Philippe Boyaire, La Gazette du Théâtre, 17 janvier 2018


LHommeNouveau « Et les fesses de Dieu ! On ne voit qu’elles ! Roses, joufflues, dodues ! On les voit tellement que les gens n’oseront même pas les regarder ! »
Avec le recul du temps, il est parfois bien étrange de se retrouver dans des univers qui ne sont plus les nôtres, même si les hommes qui les traversent nous renvoient à ces constantes de l’humain qui, elles, n’ont pas d’époque. C’est bien le cas dans cette pièce étonnante qui retrace dans le contexte de la papauté du tout début du XVIe siècle la réalisation par Michel-Ange du plafond de la chapelle Sixtine.
La commande lui a été faite par le pape Jules II, pape qui ne brilla pas par son souci de la sainteté, mais plus par son désir de puissance et de grandeur. Nous ne sommes pas au théâtre pour juger, même si pour des croyants le contraste avec la sainteté de si nombreux pontifes est ici fort saisissant. Il n’empêche que nous devons à Jules II l’un des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’Art, ce plafond étonnant de la Sixtine, lieu du conclave dont tant de papes sont sortis élus. Michel-Ange est un esprit profondément religieux animé par le désir de rendre gloire à Dieu. Dans cette œuvre majestueuse, laquelle contrairement à la commande initiale du Pape qui voulait la représentation des douze Apôtres, il va représenter neuf scènes de la Genèse et illustrer la longue attente des ancêtres du Christ. La pièce est une confrontation âpre entre ces deux hommes que tout sépare, mais qui ont en commun une ferme détermination à poursuivre coûte que coûte les buts qu’ils se sont fixés. Jules II se préoccupe de politique, fait la guerre, mais est en même temps un grand mécène. Michel-Ange exècre les honneurs, est d’une nature associable, mais a besoin d’argent. C’est un défi pour ce sculpteur de génie de se transformer en peintre. Ne supportant pas d’être aidé en dehors de son fidèle assistant Mattéo, il mène un combat titanesque avec lui-même et avec les éléments pour arriver à réaliser ce chef-d’œuvre. Il convient de laisser aux historiens le soin d’examiner l’historicité des échanges entre ces deux personnages. On peut regretter en particulier quelques débordements verbaux qui ne rajoutent rien à la force de leur débat. Mais il faut reconnaître, d’un point de vue dramaturgique, à cette pièce une puissance d’expression et d’émotion saisissante. Le silence habité induit chez les spectateurs en est un signe manifeste. Cela est dû principalement à ces trois comédiens remarquables que sont Jean-Paul Bordes (Michel-Ange), François Siener (Jules II) et Jean-Paul Comart ( Mattéo) et à une très belle mise en scène. Un bijou de théâtre !
Pierre Durrande, L'Homme nouveau, 22 janvier 2018

 
LaSemaineTheatrale Quand un projet théâtral aborde la démesure - comme la réalisation des fresques de la Chapelle Sixtine - point d’étonnement à ce que les difficultés, le doute, les lâchages jalonnent la longue route entre la table d’écriture et la salle au public conquis.
Jean-Philippe Noël, l’auteur comblé, a relevé tous les défis, accompagné par  l’opiniâtreté du metteur en scène, Jean-Paul Bordes, pour offrir ce moment d’Histoire et de passion.
Et surgit le Théâtre 14, qui  a pour tradition de représenter des textes, contre vents communs et marées sans écume.
Michel-Ange, sculpteur du marbre, est chargé par le Saint-Père, Jules II, de représenter la Genèse, de la création à la chute.  Il devra peindre, seul, de par son exigence, surveillé par un mécène qui a perçu que cette œuvre magistrale remplirait le vide de son règne.
Flanqué d’un valet lourdaud, le génial Florentin usera sa santé, ses yeux, sa vie pour se hisser à la perfection. Les protagonistes peuvent mourir. L’œuvre vivra.
Le texte de Jean-Philippe Noël, avec à-propos, vulgarise noblement cette page d’Histoire, offrant aux comédiens des « morceaux de bravoure » et des répliques savoureuses, faits pour les hameçonner. Et quels comédiens !   Jean-Paul Bordes, qui signe également la mise en scène, digne d’un opéra, majestueuse et intime à la fois, incarne avec douleur et drôlerie, ce Michel-Ange accablé par son projet et certain de son génie. On ne dira jamais assez qu’il est des plus grands comédiens de sa génération, juste, émouvant, impressionnant de précision. A ses côtés, Jean-Paul Comart est Mattéo, le souffre-douleur, valet et tâcheron, patelin et non-artiste à souhait, le brave homme étourdi par la hauteur, excellent. Le jeune modèle qui prête sa plastique, c’est César Dabonneville, à la belle présence.
Et puis il y a le pape, et l’immense plaisir de jouir d’un « monstre », François Siener, formidable de sauvagerie et de rouerie mêlées, comédien rugissant, fauve blessé aux regards de sang, qui invente un Jules II incandescent, cynique, terrifié devant la mort et le jugement posthume. Il illumine la pièce de sa présence et de sa flamme intérieure.
 Ainsi voit-on vivre, en vrai, un mythe de l’Art, avec des êtres de chair qui saignent de mots.  Cela s’appelle le Théâtre.
Christian-Luc Morel, La Semaine théâtrale, 22 janvier 2018

 


SNES.eduSous le regard tour à tour malicieux ou grave de Mattéo, le serviteur du peintre, on assiste à la confrontation de Michel-Ange et du pape Jules II qui lui a commandé de peindre à vingt mètres au-dessus du sol, la voûte de la Chapelle Sixtine.
Entre le pape guerrier qui aura « plus souvent posé ses fesses sur un cheval que sur son trône de chef de l’église » et le peintre artiste indocile, ce sera, de querelles en menaces et moments de fraternelle complicité, l’histoire d’une amitié qui aura au final offert au monde le chef-d’œuvre de l’histoire de l’art qu’on sait.
Jean-Philippe Noël, un nouveau venu sur la liste de nos jeunes auteurs de théâtre, réussit avec « Michel-Ange et les fesses de Dieu » qui est sa première pièce, un vrai coup de maître dont on peut affirmer sans prendre de risques sur l’avenir qu’il ne sera pas le dernier.
Avec l’amour et le soin qu’il porte à ses personnages, une écriture ciselée aussi douce qu’incisive mais toujours efficace, la gradation subtile de la montée dramatique de sa pièce, il a écrit un des plus beaux textes, un des plus originaux aussi, qu’on puisse entendre cette saison sur le plateau d’un théâtre parisien.
Si le titre pouvait paraître à priori à demi engageant, on sait dès les premières répliques que ce qui attend le spectateur est un moment de pur théâtre.
Un plaisir qui ne se dément à aucun moment par la suite et qui ne cesse de grandir au fur et à mesure des deux heures de la représentation.
L’évolution des personnages et des situations relance l’intérêt de cette suite de confrontations tour à tour drôles, tendues ou explosives, mais toujours savoureuses et tenues de main ferme par une mise en scène « au cordeau ».
On rit ou on est ému par les espiègleries ou la gravité du jeu de Mattéo, serviteur-sacrifié -flamboyant, interprété avec superbe par un Jean-Paul Comart qu’on retrouve avec tant de plaisir.
On est impressionné par cette sorte d’ogre sorti d’un conte tout en tendresse contenue et fragilité souterraine que nous livre un François Siener magistral.
Jean-Paul Bordes (également metteur en scène inspiré du spectacle) joue sa partition d’artiste tourmenté avec maestria, dans une tonalité entre le caprice, la blessure et l’émotion.
Il émane de ce spectacle une générosité qui se débusque jusque dans les moments où les personnages s’opposent, où les situations entrent dans une phase critique et douloureuse de leurs relations. Et la voûte de la Chapelle, bien que naturellement absente du décor, existe au-dessus de nos têtes comme le fruit de l’imagination de chacun de nous.
Quel beau et brillant spectacle qui fait honneur au théâtre et vient s’ajouter aux réussites de la saison qui se sont surtout portées sur ce qu’on appelle les « petites salles », le Théâtre 14 complètement requinqué, l’Artistic-Athévains, le Petit Montparnasse ou le Lucernaire pour ne citer qu’eux...
Francis Dubois, SNES edu, 3 février 2018