Faisons un rêve
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A noter : Marie-Julie Baup citée dans les critiques ci-dessous est remplacée pour la tournée par Alice Dufour

FigMagIl y a une tradition dans le théâtre à Paris. On y affiche Guitry tous les ans. Cette année, c’est à La Madeleine avec « Faisons un rêve », qui n’est pas la moindre des comédies du maître. On ne connaît pas un acteur bien né, pas mal fait et à la veille de son retour d’âge qui ne soit tenté par cette pièce, ne serait-ce que pour éprouver ses restes de séduction. Nicolas Briançon est tombé dans le piège. Cela dit avec bienveillance, car il est très bon. Le rôle du héros est en or, c’est celui d’un dragueur mondain, sans scrupules, années 30. Chacun fait à sa façon. Arditi, c’était dans le charme. Briançon, c’est dans le cynisme brutal, pas loin de la muflerie. Le mâle. La méthode expéditive. Sa libido est vigoureuse. On plaint sa pauvre partenaire, la délicieuse Marie-Julie Baup. Michel Dussarat est désopilant dans le rôle du valet, le plumeau dans les fesses. Eric Laugérias est irrésistible, comme toujours. Les fans de l’auteur ne doivent pas manquer ce spectacle qui accrédite la thèse d’un Guitry bien peu élégant avec les dames. Mais c’est très drôle.
Philippe Tesson, 29 septembre 2017


TéléramaSortirOn se demande pourquoi Sacha Guitry a si peu les faveurs des théâtreux lorsqu’on voit cette représentation qui prouve, sans équivoque, que le brio de l’auteur n’est en rien émoussé. Une jeune femme trompe son mari dans les bras d’un célibataire hédoniste. A choisir, nous aussi on préférerait l’amant à l’époux. Mais Guitry ne serait pas Guitry si, sous les sirènes de la séduction, il ne glissait des peaux de bananes. Heureux dans sa bonbonnière où trônent des portraits de femmes, le joli coq y tient un discours dont la misogynie est d’autant plus redoutable qu’elle se double d’une intelligence retorse, elle-même rivée dans une écriture tressée avec une précision d’horloger. Une fois trouvée sa vitesse de croisière [...], le spectacle cavale sur les cimes de l’amoralité. Guitry n’est pas recommandable, c’est pour ça qu’on vous le recommande.
Joëlle Gayot, Télérama Sortir, 1er nov. 2017


Figaro…On peut aussi, pour retrouver [Sacha Guitry], passer une heureuse soirée au théâtre. Direction La Madeleine, où Nicolas Briançon met en scène et joue le séduisant célibataire de Faisons un rêve. La pièce date de 1916. Le film de 1936. Dans un décor volontairement surchargé de toiles de Pierre-Yves Leprince, dans les lumières de Franck Brillet, les personnages sont idéalisés par les costumes plein d’esprit de Michel Dussarrat. Il joue les majordomes de music-hall avec gaminerie tandis qu’Éric Laugérias, fort accent du Sud, est un épatant marié aveuglé. Les robes sublimes ajoutent à la grâce cristalline de Marie-Julie Baup, fine et délicate dans les humeurs euphorisantes d’un rêve irisé comme bulle de savon. Elle possède une voix ravissante qui sied à la perfection à la musicalité enjouée et mélancolique de Guitry. Nicolas Briançon, dans des costumes dignes du maître, offre sa personnalité à un homme que l’in a vu ces dernières années sous les traits de Claude Rich – il y a près de trente ans ! – et de Pierre Arditi – il n’y a pas dix ans ! L’avocat a du répondant, même s’il frôle l’affolement parfois ! Briançon dirige très bien ses camarades, imprime un mouvement vif à la représentation et se glisse avec bonheur dans ces mots qui fusent comme rires et bouchons de champagne. Un divertissement. Chose rare.
Armelle Héliot, 6 octobre 2017

 

LaVieLa Vie aime : beaucoup
Introduisez sur scène un homme un peu benêt accompagné de sa ravissante jeune femme. Ajoutez un séduisant avocat célibataire dont la seule ambition est de goûter la vie à pleines dents. Mélangez le tout et observez l'adultère prendre forme dans le spectacle réjouissant que signe Nicolas Briançon au théâtre de la Madeleine. Le mari prend prétexte d'une réunion pour disparaître le temps d'une soirée. Son épouse accourt dans l'appartement bonbonnière du don juan qui n'attendait que cela. Bien sûr, rien ne se passera comme prévu. Sacha Guitry a écrit un texte dont les effets comiques montent en puissance à mesure que s'accumulent mensonges, quiproquos, invraisemblances, ces ressorts du vaudeville dont l'auteur était l'un des maîtres. Amorale en diable, cette pièce est un régal de perfidie, d'ironie et d'humour à qui la représentation fait honneur.
Joëlle Gayot, 15 nov. 2017


Ouest FranceLa création du festival d’Anjou est une adaptation d’une pièce subtile de Sacha Guitry, « Faisons un rêve ». On est séduit par son charme et l’interprétation.
Le mari un peu lourdaud, la femme tout en malice et l’amant désinvolte. Voici réuni le trio de la comédie de boulevard. Sauf que l’auteur s’appelle Sacha Guitry, avec toute la finesse d’esprit et la grande liberté que cela génère. Marie-Julie Baup est pétillante et malicieuse, Nicolas Briançon séducteur et coquin en diable.
Gourmandise jubilatoire
Autour de ce couple adultérin, Guitry agite avec constance son cocktail explosif de misogynie et d’amour immodéré des femmes. « Méchant être adoré », susurre l’amant – auquel Nicolas Briançon donne chère avec une gourmandise jubilatoire.
Séduire, le maître mot
Le directeur artistique du festival d’Anjou assure aussi la mise en scène de cette adaptation très respectueuse […]. il insuffle suffisamment d’élégance et de légèreté pour séduire, le maître mot. Et surtout, le plaisir du jeu à l’état brut illumine la pièce et ses interprètes, entraînant le public dans un tourbillon, une farandole lumineuse.
Laurent Beauvallet, 14 juin 2017


Un fauteuilLe mari, la femme, l’amant. Ou plutôt « Lui », séducteur aux tempes argentées et au charme suranné, et « Elle », élégante des beaux quartiers, dont la répartie fuse aussi gracieusement que tournent et oscillent ses jupons bouffants. Ils ne sont pas amants, enfin pas encore. Elle est nantie d’un lourdaud de mari à l’accent péniblement méridional, brave gars, sans doute, mais qui n’a pas de garçonnière rue de Messine, et pas son charme à « Lui ». Le mari n’est qu’un encombrant détail, évidemment : le rendez-vous est pris, le mari congédié. L’affaire se conclut bientôt, mais on mesure souvent mal les conséquences d’une nuit d’amour – ou de sommeil.
Faisons un rêve était taillé sur mesure pour Sacha Guitry. Nicolas Briançon enfile sans peine l’élégante robe de chambre du dramaturge. Avec une délectation visible, il s’empare des célèbres répliques de Guitry, arpente la scène pour évoquer le plaisir que l’on prend à attendre que la future conquête arrive, et monte l’escalier. Pendant le (court) temps de la pièce, il mène la danse, orchestre la défaite du mari, le tout à coup de saillies « spirituelles ». Le canevas est connu, jusqu’à l’usure. Le personnage féminin réduit à un charmant petit cintre – mais qu’attendre d’autre de Guitry, en effet ?
Briançon, aussi metteur en scène, a fait le choix de situer ce « rêve » désuet dans un espace minimal et modulable, laissant le texte prendre toute la place. Les acteurs ont incontestablement du métier. Eric Laugérias fait rire quand il faut, assumant avec une certaine prestance son personnage de cocu du Sud, doublement joué. Michel Dussarat tente, en de brefs passages, d’insuffler un vent de folie à une pièce terriblement bien huilée. Nicolas Briançon a l’œil qui frise, et tout le talent qu’il faut pour jouer ce « Lui ». Tout cela est agréable et finalement [...] sans réel enjeu – c’est la pièce qui veut cela sans doute. La définition même du « bon moment » « au théâtre ce soir ».  La garantie, en somme, de faire ensuite de beaux rêves. […]
Corinne François-Denève, Un fauteuil pour l'orchestre, 6 octobre 2017


ArtistikRezoAlléger les inéluctables lourdeurs de l’existence est l’art exquis de Sacha Guitry. Quoique jeune lorsqu’il écrit Faisons un rêve, il instille déjà dans cette pièce son sens merveilleux et subtil de la dérision. Ennemi du chagrin, il passe par le rêve pour détourner la réalité. Au diapason de l’auteur, l’équipe menée par et avec Nicolas Briançon nous enchante comme en un songe éveillé.
Ils sont quatre, la femme et le mari, l’amant et le valet de chambre. Evidemment, l’adultère guette les époux et chacun s’y livre sans se douter que l’autre en fait autant. Ce serait plus simple de se l’avouer puisque la tromperie est à égalité, mais tout le piment de la situation repose sur la dissimulation. La ruse qu’il faut déployer pour ne pas éveiller les soupçons atteint une intelligence savoureuse sous les traits de l’amant, avocat célibataire et virtuose du verbe en n’importe quelle circonstance.
Comme souvent, cet amant est un ami du mari, et quand celui-ci vient lui confier ses frasques, les infidélités croisées donnent lieu à des bijoux de savoir-vivre. Il faut esquiver, accélérer, stopper, rebondir et garder son calme tout en alignant de pétillants mensonges. Nicolas Briançon, dans le rôle du séducteur et ami, brille sous ces facettes multiples. Il charme la jeune femme avec l’arme de la délicatesse infinie, déroulant l’immensité de son sentiment avec une sincérité touchante. Avec la même franchise, il ne se dérobe nullement aux obstacles de l’amour qui, tout compte fait et après examen des désavantages du mariage, deviennent des secours fort utiles à sa tranquillité de célibataire volage. L’œil souriant, l’allure souple et le ton charmeur sont les qualités requises et Nicolas Briançon les possèdent irrésistiblement. A ses côtés, la drôlerie naïve du mari est menée par Eric Laugérias. Admirablement pataud, celui-ci soulève des rires expansifs dans le public et sa malice bien cachée attire immanquablement la sympathie.
Autour d’eux, la jeune femme scintille en une magnifique robe jaune qu’elle porte on ne peut plus joliment. Le metteur en scène organise ses déplacements afin que chacun puisse l’admirer sous toutes les coutures et c’est chose faite. Chez Guitry, une femme se regarde, il faut s’y prêter sans s’offusquer. La comédienne ajoute ici un vrai sens de la comédie, la situation est menée en toute et brillante logique. Quant au valet de chambre, son grain de folie sans excès fait passer sur le plateau une note gracieuse et désopilante. Le rythme d’ensemble est vif, la tonalité cristalline.
Le décor peint en fond de scène nous plonge dans un Paris romantique et la nuit d’amour passe comme un rêve. Sacha Guitry créa la pièce en pleine Première Guerre mondiale avec sa première femme puis la reprit successivement avec ses deuxième et troisième femmes, y compris au cinéma, harmonisant sa vie aux caprices du théâtre. Raimu lui donnait la réplique et l’accent provençal du personnage nous le rappelle non sans émotion. On sort de cette proposition de rêve avec bonne humeur, étourdi des répliques grisantes dont Sacha Guitry a le secret.
Emilie Darlier-Bournat, Artistik Rezo, 19 septembre 2017