Jean Moulin, Evangile
Accueil Note d'intention Biographies Equipe technique Presse Presse web Espace Pro

ArtistikRezoDans une ébouriffante saga sur le héros de la résistance française, Jean-Marie Besset retrace le parcours de celui qui fut le plus jeune préfet de l’Aveyron avant d’être arrêté et torturé par la Gestapo. Arnaud Denis, qui incarne le héros, ainsi qu’une dizaine de comédiens, campent cette faune de personnages grouillant autour ou contre De Gaulle pour libérer la France. Un passionnant moment de théâtre.
Un véritable héros de roman
Aucun personnage de la Résistance ne fut aussi admiré que Jean Moulin. Jeune et brillant fonctionnaire dans les années 1930, ce beau jeune homme épris de liberté et de civisme plongea de toute son âme dans une opposition frontale à l’occupant allemand en 1940, date de sa première arrestation par la Gestapo pour désobéissance aux ordres nazis. Auparavant, il aura côtoyé le Front Populaire et Léon Blum, aura aidé secrètement les républicains espagnols contre Franco, au point d’être surnommé « le préfet rouge ». Engagé, haut fonctionnaire de l’Etat, il était aussi passionné de dessin, grand amateur d’art contemporain, de littérature et complice de nombreux artistes, comme le poète Max Jacobs.
Une pièce découpée au cordeau
9 acteurs, quinze personnages qui vont de Klaus Barbie à Charles de Gaulle, du traitre René Hardy à Pierre de Bénouville, en passant par Antoinette Sachs, la maîtresse de Jean Moulin, ce sont trois années de guerre, de 1940 à 1943, qui sont ainsi rythmées par des tableaux à la vivacité brillante, au tempo d’enfer, qui nous plongent dans les contradictions folles d’un serviteur de l’Etat forcé par ses convictions à lui désobéir. Dans le rôle-titre, Arnaud Denis est parfait : fiévreux, ardent, entier, doué d’une énergie phénoménale. Sa première rencontre avec De Gaulle, que joue subtilement Stéphane Dausse, est formidable de vérité et de justesse. Sophie Tellier (Antoinette), Chloé Lambert (Laure) mais aussi Gonzague Van Bervesselès, tous sont d’un engagement total et juste.
Une passion christique
On pourra reprocher à l’auteur une propension exagérée à peindre son héros en figure christique, sacrifié à l’autel de la liberté, ce qui pour Jean Moulin, laïque déclaré, peut paraître contradictoire. Sa sexualité était-elle ambivalente ? On ne peut non plus l’assurer de la part de cet « homme à femmes ». Mais qu’importe ! La pièce, gorgée de détails véridiques sur la difficulté à unir les mouvements de Résistance, malgré les coups fourrés, les jalousies, les trahisons, est tout à fait passionnante en déroulant ces épisodes historiques de manière haletante, à la manière d’un roman feuilleton dramatique. Cela joue et vibre sur un plateau simplement encombré d’armoires, que l’on ouvre ou referme sur des secrets terribles (scénographie d’Alain Lagarde). Les très belles lumières de Pierre Peyronnet disent l’essentiel et la mise en scène intelligente et claire du tout jeune Régis de Martrin-Donos est à saluer. Quel plaisir de théâtre !
Hélène Kuttner, Artistik Rezo, 18 septembre 2017

 

CultureTopsExcellent
Il est indéniable que Jean-Marie Besset est habité depuis longtemps par Jean Moulin. Il en a étudié l’histoire, recherché tous les détails et même rencontré des témoins. Ce qu’il qualifie pourtant de fiction écrite est cependant une pièce de théâtre remarquablement écrite et tout à fait crédible.
Dès ses premières entrevues avec les tenants de la Résistance, on sent que ceux-ci ne sont guère enthousiastes face à cet homme si entier et si intransigeant. Les rivalités sous-jacentes sont déjà en filigrane, elles ne feront que croître avec le temps.
Comment ne pas être touché par ce travail souterrain, douloureux, semé d’embûches, de trahisons et de frayeur, de ce jeune préfet de gauche, qui parvient à rencontrer après maintes tribulations, le Général de Gaulle. On n’est pas surpris que ces deux hommes d’exception, par-delà leur différence, se comprennent et se fassent confiance. Stéphane Dausse est un Général très crédible.
La mise en scène de Régis de Martrin-Donos utilise des armoires symboliquement détentrices de secrets, qui se déplacent pour les changements de lieux des 22 tableaux. Il fait avancer l’action dans une progression dramatique grandissante jusqu’à la fin cruelle que l’on sait.
On peut saluer la troupe des comédiens, avec une mention particulière pour Laurent Charpentier et pour Chloé Lambert (émouvante et digne Laure Moulin) ainsi que Sophie Tellier.
Arnaud Denis fait une fois encore démonstration de son talent et de son charisme, dans sa manière de s’investir totalement dans la situation dramatique du personnage. Il devient Jean Moulin, ce héros sacrifié, désolé d’avoir ainsi passé trois années terribles pour tenter d’unir les forces de la Résistance, sous la direction du Général de Gaulle, sans y parvenir vraiment. Face à son propre sacrifice, à son refus de parler qui entraînera sa mort pour sauver les autres, une sorte de paradoxale dimension christique sublime le personnage. L’émotion régnait dans la salle, lors de ses ultimes sursauts.
C’est un spectacle réussi et courageux. Jean-Marie Besset est aussi un helléniste ; il sait qu’évangile signifie bonne nouvelle, bonne nouvelle d’avoir su rassembler tous les courants, en combattant jusqu’à la mort, pour rendre son honneur à la France. La personnalité de Jean Moulin est bien évoquée.
Danielle Mathieu-Bouillon, Culture Tops, 28 septembre 2017


Reg'ArtsCette pièce très fouillée de Jean-Marie Besset et présentée comme une fiction historique, retrace l’action de Jean Moulin, alias Joseph Mercier, Rex ou bien encore Max héros, martyre de la résistance de juin 1940 à son décès le 8 juillet 1943.
La mise en scène a l’originalité d’installer 24 tableaux qui s’enchaînent sur trois années montrant la détermination de ce jeune préfet de l’Eure et Loire à combattre sans relâche l’occupation nazie en passant dans la clandestinité après sa révocation par le gouvernement de vichy.
Sa rencontre à Londres avec le Général de Gaulle au Carlton Gardens quartier général de la France Libre, ses difficultés à rassembler les chefs des réseaux de résistants comme le groupe Franc-tireur ou bien Libération Sud, sa mission d’organiser sabotages et réseaux de renseignements. Mais on découvre aussi une autre facette plus intimiste avec sa sœur Laure très engagée à ses côtés dans ce combat, sa relation ambiguë et très étroite avec la fantasque peintre Antoinette Sachs, sa rencontre avec le lieutenant Gorka ou René Hardy accusé plus tard de l’avoir dénoncé à la Gestapo. Sa couverture comme marchand de tableaux. On y voit aussi l’homme traqué tout à la fois par Vichy et la Gestapo qui n'ignore rien de son identité, ni de ses activités. Son arrestation et les tortures dont il ne sortira pas vivant, infligées par le boucher de Lyon, l’ignoble Klaus Barbie.
C’est une pièce sombre, dure, colorée d’une musique particulièrement angoissante et qui porte à elle seule le poids dramatique de cette barbarie historique mais elle tient aussi par l’excellence des acteurs et plus particulièrement par Arnaud Denis dont le talent n’est plus à démontrer dans le rôle de Moulin et par Stéphane Dausse qui incarne un Général de Gaulle plus vrai que nature. Une pièce à voir pour ne pas oublier que Jean Moulin n’était pas un héros fatigué mais une icône, un symbole de cette France occupée et qu’il a refusé le joug allemand en se levant et en disant non jusqu’à son dernier souffle.
Patrick Rouet, Reg'Arts, 20 septembre 2017