Jean Moulin, Evangile
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Figaroscope Des héros de notre temps
Jean-Marie Besset est un auteur reconnu, traduit, souvent joué. Il avait fait d’éclatants débuts avec Villa Luco, qui réunissait de Gaulle et Pétain. Avec Jean Moulin, Évangile, il signe une pièce ambitieuse, très documentée elle aussi, et particulièrement intéressante. Régis Martrin-Donos dirige neuf comédiens (dont l’auteur lui-même) avec acuité.
On est en juin 1940. À Chartres, les Allemands font subir une cruelle séance de torture au préfet de 40 ans, courageux et lucide. Il préfère se suicider plutôt d’accepter que des tirailleurs sénégalais soient accusés faussement d’atrocités sur les civils. Jean Moulin survit, mais il sait désormais où est la plus juste voie. Le drame se développe en scènes fortes et touches subtiles. Dans la partition du préfet résistant, Arnaud Denis, forte et séduisante présence, offre la palette de son jeu tout en nuances. Il traduit à merveille ce qu’a voulu Besset, qui dessine un homme courageux, lucide, mais un homme qui ne craint pas le doute et peut être vulnérable. De Gaulle, ici, est incarné par Stéphane Dausse qui, sans composer, est hallucinant de ressemblance, mais ne surligne rien.
Il faudrait analyser le parcours de chacun. C’est du beau travail de troupe. Les personnages ont une épaisseur humaine touchante qu’avive le talent des acteurs. Les femmes tiennent un grand rôle dans cette traversée du réel. Chloé Lambert, Sophie Teillier sont remarquables. Mais l’auteur le précise : il s’agit d’une « fiction historique »…
Armelle Héliot, Figaroscope, 6 septembre 2017


LesEchosLa tragédie de Jean Moulin
Jean-Marie Besset signe une pièce historique ambitieuse sur le héros martyr de la Résistance, portée à la scène avec énergie au Théâtre 14. Arnaud Denis incarne un Jean Moulin subtil et convaincant.
A quelque chose malheur est bon. Remercié en 2014 par le ministère de la Culture, Jean-Marie Besset a dit adieu (non sans amertume) au théâtre des 13 vents de Montpellier qu'il dirigeait depuis trois ans. Mais en contrepartie il a retrouvé le vrai temps de l'écriture. Ce qui lui a permis de s'atteler à un projet pour le moins ambitieux qui lui tenait à cœur depuis longtemps : porter au théâtre la destinée tragique de Jean Moulin (1899-1943) et raconter, à travers les actes héroïques du combattant de l'ombre, l'histoire de la Résistance.
« Jean Moulin Évangile » présenté à Paris, au Théâtre 14, n'est pas du théâtre documentaire. C'est une pièce historique, avec sa part d'action, de réflexion, de romance et d'épique. Un texte qui alterne répliques courtes et monologues et n'évacue rien de la grande et de la petite histoire : dialogues ciselés avec de Gaulle à Londres, empoignades musclées avec les fortes têtes de la Résistance sur le terrain, d'un côté ; scènes sentimentales avec la soeur de Jean ou la compagne de route Antoinette Sachs, évocations pudiques des tendances homosexuelles supposées du héros, de l'autre...
Décor allégorique
La construction est nerveuse, faite de scènes brèves. La narration est haletante comme dans une série télé, avec quelques longueurs et facilités d'écriture, mais aussi de belles fulgurances poétiques. Le metteur en scène Régis de Martrin-Donos orchestre habilement, avec peu de moyens, un ballet dramatique rythmé, dans un décor allégorique -un jeu d'armoires d'où jaillissent les combattants clandestins, à moins qu'elles ne servent de bureau (à de Gaulle ou aux nazis.). Le clair-obscur quasi constant et une bande-son faite de musiques classiques (volontiers tonitruantes) renforcent l'atmosphère tragique, qui atteint son acmé lors de la torture et de la mort du chef de la Résistance. Arnaud Denis, digne et subtil Jean Moulin, luttant pour ne pas être submergé par sa mission, et Stéphane Dausse, incarnant un de Gaulle royal, dominent une distribution encore en rodage (jeu parfois hésitant et démonstratif).
Qu'à cela ne tienne... On ne voit pas passer les 2h15 du spectacle. Les enjeux de la résistance apparaissent limpides. Sans tomber dans l'écueil du simplisme, avec de beaux passages sur l'amour de la France et de la République, « Jean Moulin Évangile » distille un propos humaniste fort, incitant à s'unir contre tous les fascismes. Jean-Marie Besset a perdu un théâtre, mais il a retrouvé sa plume.

Philippe Chevilley, Les Echos, 6 septembre 2017


FigMag Jean-Marie Besset a écrit une très belle pièce sur Jean Moulin. Il l’appelle « fiction ». Elle n’est pas vraiment cela : ce qu’elle contient d’imaginaire n’est pas éloigné de la réalité historique. Elle est le récit de la tragique épopée que vécut, de juin 1940 à juillet 1943, le héros glorieux de la Résistance. Or, si sa qualité littéraire et poétique est remarquable, ce n’est jamais eu détriment de la vérité. Le travail documentaire de Besset est d’une grande richesse et d’une incontestable rigueur, qui n’excluent pas des interprétations propres à toute biographie de caractère littéraire et non scientifique. On est au théâtre. L’auteur s’autorise des écarts ou des ajouts, lorsqu’il vagabonde sur le terrain de la psychologie ou du sentiment, mais ils renforcent les personnages dans leur dimension humaine. L’intérêt majeur de la pièce est au demeurant à nos yeux d’ordre historique, politique et moral, et sur ce point la réussite est totale. En vingt-deux séquences qui s’enchaînent sur plus de deux heures, l’œuvre dresse un tableau saisissant de l’un des épisodes les plus dramatiques de notre XXe siècle autour de deux points forts : le portait d’un héros complexe devenu légendaire et le développement de thématiques passionnantes, telles la cruauté, l’honneur, la résistance, la trahison, etc. On retiendra notamment les dialogues entre de Gaulle et Moulin, Moulin et Frenay, Frenay et de Gaulle. Excellents, ils dessinent avec beaucoup de subtilité et de force la vérité des caractères et l’opposition des intérêts. A cet égard, la pièce de Besset gardera une réelle valeur civique et pédagogique. On a mis trop de temps à honorer l’épreuve de courage et de souffrance subie par Moulin, et ne l’a-t-on pas déjà oubliée ? Un détail, cependant : la référence de l’auteur à l’Evangile peut sembler audacieuse, car enfin, si figure fut jamais plus humaine que christique, c’est bien celle de Jean Moulin, qui n’obéit toute sa vie qu’à deux dieux : la politique et la morale. On est loin du sacré.
C’est à Régis Martrin-Donos que Jean-Marie Besset a confié la mise en scène de cette pièce exigeante dont on aimerait voir un jour une adaptation cinématographique. Ce jeune auteur-metteur en scène possède à l’évidence la sensibilité qu’il fallait pour traduire l’esprit et la qualité émotionnelle de cette œuvre. Le drame est là, texte et sous-texte, et le mouvement haletant. […] L’interprétation est dominée par un remarquable Arnaud Denis. On n’oubliera pas ce spectacle.
Philippe Tesson, 8 septembre 2017


Ouest FrancePrise de risque très réussie pour la création Jean Moulin, Évangile, plébiscitée hier à Angers. (...) Soutenir l’attention des spectateurs durant plus de deux heures sur un sujet aussi peu futile que les rapports entre De Gaulle et Jean Moulin, les rivalités entre les mouvements de la Résistance, le rôle des petitesses humaines dans la Grande Histoire, c’était le Grand Œuvre au noir !
D’où est sorti de l’or, grâce à l’excellence du jeu des acteurs, qui a fait vibrer aussi bien public populaire, intellos qu’historiens avertis. Un Jean Moulin plus vrai que nature, un Grand Charles réincarné, mêmes mimiques, même profil, même voix... Hallucinant.
Grâce à la mise en scène de Régis de Martrin-Donos. Originale mais pas gadget. Avec son jeu de vieilles armoires qui pouvaient symboliser un bureau nazi, une chambre de torture ou une porte vers la clandestinité, elle permet une reconstitution impressionniste, laissant la place aux émotions, fortes, autant qu’aux faits historiques.
Angoisse de la clandestinité, des conséquences de l’idéologie folle des nazis, des traîtres qui rôdent même chez les amis, dont il faut apprendre à se méfier... Éclats de lumière dans les rapports de confiance avec les proches. L’homosexualité de Jean Moulin est évoquée.
Ses caricatures antisémites d’avant la guerre aussi. L’auteur, Jean-Marie Besset, ne laisse rien dans l’ombre, comme un portrait holistique, d’un homme, d’une Histoire faite par des humains.
28 juin 2016


LaDepeche On découvre le combat, l’engagement, les convictions et la personnalité de celui qui a voulu rendre à la France son honneur. On suit pas à pas le destin tragique et héroïque du résistant. On rencontre les personnages-clés de sa vie, sa famille, sa douce amie Antoinette qui est ‘comme un morceau de soleil dans cet hiver sinistre’, et sa rencontre capitale avec le général de Gaulle, qui lui dira dès les premiers instants : ‘libérer la France et rétablir la République, c’est notre but commun’.
On est instantanément transporté dans cette France de 1940, cette France de la Résistance, aux côtés d’acteurs talentueux qui donnent vie à un texte poignant et de grande qualité.

13 juillet 2016


Figaro On a beau connaître le destin de courage du natif de Béziers, on a beau connaître la Résistance, ses grandes figures et ses conflits, on a beau avoir dans l’oreille les paroles de Malraux, en 1964, au Panthéon, on a beau savoir beaucoup, la manière dont Jean-Marie Besset, qui appuie la pièce sur un travail de documentation, de réflexion, de rencontres, d’enquête très poussée, la manière dont il imagine les scènes, donne la parole aux protagonistes, écrit, est tout à fait remarquable.
On suit ces hommes et ces femmes pris dans la tourmente, les cas de conscience, l’amour, l’espérance, le découragement, la loyauté, la faiblesse, la trahison, le goût de séduire, l’ambition, l’abnégation. Ce sont des humains passionnants avant d’être des figures d’une histoire qui serait “ vraie ”.
Jean-Marie Besset est un écrivain. Il ne fait pas du théâtre documentaire. Et pourtant dans cette pièce historiquement très rigoureuse, il arrive à restituer l’épaisseur humaine de “personnages” que l’on connaît très bien : Jean Moulin, le général de Gaulle, Henri Frenay, Pierre de Bénouville, René Hardy, Klaus Barbie et ceux que l’on connaît moins bien : Laure Moulin, sœur aînée, Antoinette Sachs, l’amie fidèle, Lydie Bastien, ou encore Pascal Copeau, de la célèbre famille de théâtre.
Certaines scènes, celles entre de Gaulle et Moulin, mais celles aussi entre le frère et sa grande soeur protectrice, entre cette femme dévouée et l’amie fidèle Antoinette Sachs sont d’une finesse profonde et bouleversent tout en nous, apportant des informations, des éclairages nouveaux sur le destin et les pensées de Jean Moulin.

4 août 2015


SpectacleSélection L’histoire se construit à partir des témoins qui la refèrent et des historiens qui l’écrivent avec le recul exigé par le temps avec plus ou moins d’objectivité, surtout lorsque les faits se déroulent dans la clandestinité. Les résistants de la dernière heure et les traîtres arrangent les faits à leur façon. Les héros et leurs proches ne sont plus là pour rétablir la vérité. Les années, quant à elles, se chargent de brouiller les pistes, ne laissant derrière elles que le squelette décharné de ce qui a vraiment eu lieu et de ce que l’on veut bien entendre. C’est ce que l’on nomme « la version officielle ».
Cette fiction historique n’est, selon son auteur, qu’une « fiction » mais elle relate avec clairvoyance les actes accomplis par un héros dont l’action continue de faire couler beaucoup d’encre, icône de la résistance française durant la Seconde Guerre Mondiale, nommé depuis Londres, responsable de la Résistance en France par le Général de Gaulle. Elle retrace les années de lutte, d’espoir et de désespoir d’un héros trahi, de ses fonctions de Préfet de L’Eure et Loir en 1940 à son agonie le 8 juillet 1943 après être passé par les mains de l’ignoble Klaus Barbie.
Au cours des vingt-deux scènes très denses, le parcours en terrain miné de Jean Moulin, alias Mercier, Rex ou Max, ses relations avec le chef de la France libre, lors de ses incursions à Londres, celles avec sa famille, ses camarades de combat et ses ennemis sont décrits comme un véritable chemin de croix. Jean-Marie Besset met aussi l’accent sur la frustration et l’impuissance de Charles de Gaulle, contrecarré dans ses actions par les gouvernements britannique et américain préférant s’entendre avec le Général Giraud, et éclaire la lutte intestine, sur le terrain français, entre résistants et maquisards, selon leur appartenance politique. Pas une once d’ennui, la mise en scène toujours en mouvement y veille, secondée par un décor astucieux, très modulable, fait de chaises, de tables et surtout d’armoires (on appréciera celle, symbolique, de de Gaulle). Un spectacle très pédagogique qui éclaire avec passion une part sombre de notre histoire.
M-P P., Spectacles Sélection, 13 septembre 2017