L'Ombre de Stella
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ArtistikRezoEclat d’un monologue
Mylène est la secrétaire particulière de Stella, une célébrité du monde du théâtre et du cinéma. Ayant touché une grosse somme d'argent pour écrire ses Mémoires, elle narre leur relation entre humiliation et adoration. Seule en scène, elle est interprétée par Denis d'Arcangelo qui impose avec brio l'art de l'ambiguïté.
Mylène, fille de concierge, en est à la fin de sa vie, ou plutôt de leur vie, car la sienne et celle de Stella ont été si passionnément liées qu'elles semblent n'en 
faire qu'une. Stella, qui n'apparait jamais, est maintenant une femme très âgée et oubliée. Pour la faire revivre à travers les souvenirs de sa secrétaire, l'éditeur a suggéré à Mylène de s'enregistrer elle-même sur un magnétophone, qui ici est énorme. A côté de cet appareil, ne sont installés sur le plateau qu'une chaise et une bouteille de champagne avec un verre. Mylène se confronte à leur passé où elle fut officiellement l'ombre de Stella, toujours fidèle et dévouée, mais sa confession à fleur de peau 
dévoile rapidement que ni l'ombre ni la lumière ne sont en réalité cantonnées autour d'une personne.
C'est là toute la force de la pièce, qui montre à quel point l'éclat de la carrière de la star reposait sur le duo formé avec Mylène. L'auteur Pierre Barillet, qui a aujourd'hui 93 ans et dont on ne compte plus les succès, lève des tabous sur un ton gouailleur, jamais dramatique et toujours tragi-comique. La nostalgie se mêle à l'humour tout au long de ce parcours qui couvre historiquement les présidences de Lebrun à Mitterrand. La gloire de Stella a donc notamment traversé les années d'occupation, période sur laquelle Pierre Barillet, comme il l'a déjà scrutée dans d'autres pièces, revient sans concessions. On y suit le jeu dangereux de la vedette Stella qui flirte avec l'ennemi mais que Mylène n'abandonnera jamais, même quand elle paiera durement sa légèreté au moment de la Libération.

A l'image de la star et sa secrétaire qui mêlent leurs destins et ont viscéralement besoin l'une de l'autre, tout ici s'entrecroise et brille de complexité, l'histoire, l'ambition, les déterminants sociaux. L'amour et la haine cohabitent dans cette fresque colorée qui balaie le XXe siècle sous la verve crue et sincère, acide et émouvante de Mylène, précieuse femme de l'ombre.

Emilie Darlier-Bournat, ArtistikRezo, 21 mai 2017


Webtheatre 2 étoiles Celle qui ne fut jamais dans la lumière
Infernale Stella Marco ! Une star des années 40, vaniteuse, tyrannique et naturellement collabo. Difficile de ne pas donner un peu de soi-même aux Allemands quand on veut rester sous les projecteurs de la scène et les sunlights du cinéma pendant la guerre ! La pauvre Mylène, qui est sa secrétaire particulière, en a vu de toutes les couleurs et elle se souvient, alors que Stella a disparu. Elle a été une reine, Stella. Et comme elle a été humiliée, comme elle a souffert, Mylène ! Longtemps après la guerre, Stella est oubliée, mais Mylène est encore plus inexistante. Elle aussi a été actrice, a tenu de petits rôles, et personne n’est en mesure de la reconnaître sur la vieille photo retrouvée chez un bouquiniste. Sur ce document, elle est précisément avec Stella. Même sur la photo, elle est dans l’ombre, elle est une ombre...
 Pierre Barillet, qui forma avec Jean-Pierre Grédy le fameux tandem Barillet-Grédy, écrit ici en solitaire, et il nous donne un solo. Les années d’occupation, il les a connues (il leur a d’ailleurs consacré un très bon livre de souvenirs, Quatre Années sans relâche). Il peut aisément composer un portrait d’actrice à succès qui a quelques problèmes à la Libération, un portrait au deuxième degré, puisqu’il est tracé par une amie-ennemie libérant ce qui dormait dans sa mémoire. Le texte est nerveux, rieur. Il vire parfois trop au récit (Barillet est, avant tout, un dialoguiste) mais la mise en scène de Thierry Harcourt veille au rythme et accélère les émotions et le déroulement de la confidence. Denis d’Arcangelo, qui joue en travesti (c’est sa marque de fabrique depuis Madame Raymonde mais il en a d’autres), évite précisément les pièges du travestissement de music-hall. Il cultive l’ambiguïté du sexe et des sentiments. Il fait rire, il émeut, il est parfait.
Gilles Costaz, Webtheatre, 30 mai 2017


FroggysLe comédien, acteur de composition, chanteur et artiste de music-hall, Denis D'Arcangelo a créé, avec Philippe Bilheur, le personnage ébouriffant plein de gouaille et de tendresse de "Madame Raymonde" avec lequel il revient régulièrement sur scène dans le registre du spectacle musical.
Car cette femme bourlingueuse de bitume du Paris populaire, diva des claques, mistinguett des bastringues et reine des tournées miteuses, raconte sa vie autofictionnelle scandée par les perles de la chanson réaliste ou fantaisiste de l'entre-deux guerres.
Avec celui de Mylène Janvier, il campe également une femme qui ressort au même archétype plébéien bien que la partition ne soit ni de son cru ni de sa plume car celle-ci constitue un des deux monologues en miroir écrits en 1991 par Pierre Barillet, du fameux binôme Barillet-Grédy prince du théâtre de boulevard des années 1960.
Dans "Moi, Nadine Picard", il retrace la vie d'une vedette de cinéma des années 1940 ayant réellement existé, et, dans "L'Ombre de Stella", celle de Mylène Janvier, actrice de complément devenue répétitrice, dame de compagnie et gouvernante, puis bonne à tout faire d'une actrice fictionnelle qui a connu une certaine notoriété au cours de cette même période.
Pour la scénographie, Marius Strasser a repris le dispositif spartiate des "Madame Raymonde" - plateau vide, une table basse, une chaise, un verre - en substituant une "roteuse" au "kil de rouge" dans lequel officie Denis D'Arcangelo, costumé en rombière "NAP" par Michel Dussarat, éclairé par Jacques Rouveyrollis et dirigé par Thierry Harcourt.
Denis D'Arcangelo parvient à transcender un texte qui s'avère un modèle du genre en terme de compilation de poncifs et de clichés attachés à certaines actrices, descendantes des danseuses et courtisanes de la Belle Epoque et aïeules des starlettes des années 1960, pratiquant le "coucher utile" pour échapper à la mouise à laquelle les vouait leur origine plébéienne.
Son jeu sobre et juste et sa maitrise de la rupture entre le rire et l'émotion lui permet d'incarner cette femme de l'ombre engluée dans une servitude volontaire dont elle a payé le prix cher, celui de sa propre vie, et qui, d'une certaine manière, prend sa revanche en étant le témoin de la déchéance de celle qui fut dans la lumière et celle qui aura le dernier mot.
MM, Froggy's delight, mai 2017


CultureTopsAcide et drôle : du grand vaudeville
Tandis que la grande Stella Marco, au soir de sa vie, se momifie dans la chambre à côté, Mylène Janvier, sa secrétaire particulière et amie de toujours, enregistre au salon ses souvenirs sur magnétophone, à la demande d’un éditeur qui compte publier une biographie de l’actrice mythique des années quarante et suivantes.
Stimulée par une bouteille de champagne dont le niveau descend assez vite – quand on a passé l’âge du sexe, les bulles, dit-elle, ça remplace –, Mylène, entre humour et dépit, se dévoile : on lui a volé sa vie. Sa carrière de comédienne, ses ambitions, ses amours se sont dissipées dans l’ombre de la flamboyante et ambitieuse Stella.
POINTS FORTS
- Pierre Barillet dresse un portrait sensible de cette femme manipulée mais lucide et drôle, partagée entre l’amour et la haine de l’enfant gâtée qui la domine. Voilà qui est déjà bien vu. Mais ce qui rajoute du sel à l’affaire, c’est le récit éclairant que fait Mylène du milieu du cinéma et du théâtre pendant les années d’Occupation, et ce qu’il en advint après la Libération. Dans les compromissions petites et grandes, dans les flirts déplacés, dans l’ambiguïté des attitudes, on reconnaitra en Stella quelques actrices de l’époque : Corinne Luchaire, Marie Bell, Alice Cocéa…
- Et puis, il y a le texte, évidemment, remarquablement dit par Denis d’Arcangelo ! On se régale à chaque tirade de ce monologue magistral, où le bon mot, la pointe juste, le portrait enlevé se succèdent à un rythme effréné. Créateur de l’inénarrable Madame Raymonde, l’acteur travesti est fait pour le rôle. Jacqueline Maillan – paix à son âme – n’aurait pas fait mieux.
[...] UN EXTRAIT
« Au verso de la photo, il y avait écrit : “Typhon sur Macao, 1937, Stella Marco” et un point d’interrogation. C’était moi, le point d’interrogation. »
L'AUTEUR
On ne présente plus Pierre Barillet qui, avec Jean-Pierre Grédy, régna sur le théâtre de boulevard parisien quelque quarante années durant ! Le tandem Barillet et Grédy offrit leurs meilleurs rôles à des monstres sacrés comme Sophie Desmarets et Jacqueline Maillan.
Barillet a écrit seul “L’Ombre de Stella”, d’où, peut-être, le ton parfois grave de la pièce, un peu inattendu chez ce maître de la comédie de divertissement.
Sur la période de l’Occupation et les années d’après-guerre, l’auteur sait de quoi il parle – il avait 20 ans au début des années 1940. Profitez de l’occasion pour relire, sur le sujet, son “Quatre années sans relâche” (Fallois, 2001), ça vous changera du prêt-à-penser facile sur ce sujet délicat.
Charles Chatelin, Culture Tops, 5 juin 2017


Reg'ArtsLes amateurs du théâtre de boulevard l’attendaient : voici la dernière création de Pierre Barillet, l’incontournable auteur dont la Fleur de Cactus connaît depuis plusieurs mois déjà un très grand succès à Paris. Il nous fait vivre ici le point de vue de Mylène Janvier, tour à tour assistante, consœur, collègue, admiratrice, amie, amante, rivale, servante, faire-valoir et souffre-douleur de Stella Marco, immense comédienne vieillissante dont elle doit rédiger les mémoires de manière informelle. Les souvenirs défilent en même temps que le siècle et font passer les spectateurs du rire aux larmes, entre bons mots gouailleurs et tendre mélancolie, dessinant les trajectoires parallèles de deux femmes dont les vies se reflètent comme dans un vieux couple où l’amour finit par le disputer à la haine.
La pièce […] tient surtout par la belle performance de Denis d’Arcangelo, seul en scène, qui quitte le travestissement de « Madame Raymonde » pour celui de cette Sganarelle au féminin qu’il rend aimable jusque dans ses pires jalousies et méchantes médisances. Son jeu de scène est toujours juste et parvient à susciter l’empathie en mettant en lumière celle qui a vécu toute son existence dans l’ombre de « l’Étoile ». Et l’on se dit que Hegel avait raison : décidément, « nul n’est un grand homme pour son valet de chambre ».
Frédéric Manzini, Reg'Arts, 18 mai 2017


ScenewebLe Théâtre du Rond-Point accueille depuis la mi-mai une nouvelle production de « L’Ombre de Stella », de Pierre Barillet avec Denis d’Arcangelo dans une mise en scène de Thierry Harcourt. Au soir de la première, en présence de l’auteur toujours aussi vif, ce monologue tragi-comique a été applaudi à sa juste valeur : comme n’ayant pas pris une ride.
Mylène Janvier a touché 50 000 francs pour écrire ses mémoires, elle qui a passé sa vie dans l’ombre de Stella Marco, immense star du XXe siècle, aujourd’hui sénile et oubliée de tous. L’éditeur est si heureux qu’il mâche le travail de Mylène : celle-ci n’a même pas à écrire, juste à s’enregistrer. Alors elle s’exécute, elle dialogue avec un énorme magnétophone qui immortalise chaque phrase…
Denis d’Arcangelo, connu pour être « Madame Raymonde » dans les récitals du même nom incarne l’unique rôle de la pièce. Il est une dame d’un certain âge, fidèle « à la vie à la mort » à son amie. Le langage est brut sans être vulgaire, Mylène a la gouaille et ses mots sont fleuris, l’accent titi n’est pas loin et son cœur est immense.
Une fois n’est pas coutume, mais le rôle prend son corps par le texte. Il transmet les rêves et les désillusion d’une époque, d’une sorte d’âge d’or révolu dont il ne reste que les sentiments profonds. Les répliques sont acides mais le personnage est complexe. Dans la situation tout se tient, rien ne dépasse, Pierre Barillet ne cède pas à la facilité d’un bon mot de trop et accepte de son personnage que ses souvenirs soient tristes. Ainsi, l’histoire est sincère, envoûtante et, du point de vue du sentiment humain exposé dans toute sa dimension, garde sa modernité la plus frappante.
Hadrien Volle, Sceneweb, 17 mai 2017


Un fauteuil Stella fut une star. Oubliée. Celle qui tourna dans des navets, fut une Phèdre triomphale, dirigea son propre théâtre, traversa l’Occupation et ses compromissions, fut jugée, condamnée avant de revenir sous les feux de la rampe et de la gloire, aujourd’hui n’a plus de mémoire. Mais sa dame de compagnie, elle, oui. Mylène, fille de concierge, petite comédienne jouant les utilités, des putes principalement, avant de se mettre au service de la star, de demeurer à l’ombre de Stella, de subir les caprices et les humiliations. Une histoire d’amour et de haine. De vengeance.
Un texte de Pierre Barillet, qui avec Jean-Pierre Gredy a signé parmi les pièces de boulevard les plus célèbres (Fleur de cactus, Potiche, Folle Amanda, Le Don d’Adèle) créés par Sophie Desmarets, Jacqueline Maillan et même Lauren Bacall, interprété par Denis d’Arcangelo, notre à jamais diva des faubourgs Madame Raymonde. Ce qui semble intéresser là Pierre Barillet c’est la période de l’occupation, le rôle des artistes, celui des compromissions, sujet déjà abordé dans son récit « Quatre années sans relâche ». Alors oui, le portrait de Stella est quelque peu composite. Pour qui s’intéresse à cette période trouble où le destin de ces actrices, du moins pour certaines, a basculé, on reconnaît çà et là les traits et la personnalité, la carrière et la légende d’Arletty, de Marie Bell, Cécile Sorel, Marie Marquet, Corinne Luchaire et quelques autres de ces monstres sacrés. Etrange portrait chinois à vrai dire… étrange époque aussi. Et le seul intérêt de ce texte suranné qui remue gentiment la boue sans y plonger vraiment. C’est un portrait plaisant, […] que l’on aurait aimé plus acide […]. L’écriture de Pierre Barillet, elle, résonne étrangement, comme d’une autre époque. Fort bien troussé mais un poil daté comme le destin de son personnage Stella évoqué par Mylène.
Mylène, Denis d’Arcangelo donc. Impérial de gouaille comme toujours. Et ce qui est bien avec Denis d’Arcangelo, formidable et sensible comédien, grande gueule et franc du collier qui masque si peu sa délicatesse sous des atours faubouriens, c’est qu’il n’est jamais travesti. Il reste lui-même, acteur de composition. Acteur avec un grand A. Le personnage chez lui ne réside pas dans la perruque, qu’il porte haut, mais dans cette capacité à se saisir d’un personnage, d’un rôle et de le fouailler, dépassant le genre pour atteindre une vérité, ici celle de Mylène, femme frustrée, amère et amoureuse déçue. Alors il s’empare de ce texte au pas de charge, le défend avec conviction par que c’est de Mylène et non de Stella dont il est question, qu’il faut sortir de l’ombre. Et le texte passe malgré nos réticences affichées. Parce que cet univers-là, cette époque-là, c’est aussi celui de Madame Raymonde, son double, et double inversé de Mylène, et qu’il y est aussi à l’aise que dans le répertoire qu’il défend sous la petite robe à fleur de Madame Raymonde.
Denis Sanglard, Un fauteuil pour l'orchestre, 19 mai 2017